Ca y est, nous sommes de retour. Et j’ai
l’intention de vivre cette phase de retour / recherche de nos marques aussi
positivement que possible (pour appliquer ce que j’ai appris et vu aux States).
Mais autant le dire tout de suite : ce n’est pas facile !
Nous
sommes revenus samedi 10 janvier et globalement le retour s’est bien
passé. Il faut dire que nous avons des conditions idéales : nous avions
conservé notre domicile en France (malgré le coût que cela
représentait). Du coup nous sommes arrivés directement chez nous, où
tout était déjà installé. Un luxe qu’on ne se serait certainement pas
offert si on était partis pour une période de temps plus longue. Arriver
directement chez soi est vraiment super. Je ne veux même pas penser à
l’épreuve que cela aurait été d’arriver chez des amis ou la famille ou
chercher un domicile avant le retour (déjà qu’on était plus que débordés
avec les préparatifs du départ). J’ai une pensée très affectueuse pour
ceux qui passent par cette phase.
Et
pourtant. On ne reprend bien-sûr pas sa vie comme si rien ne s’était
passé en un an. C’est une évidence mais on peut avoir tendance à la
zapper. Beaucoup de proches et d’amis (d’ici ou de Baltimore) nous
demandent si la reprise s’est bien faite. Forcément, nous revenons dans
notre maison, donc on nous demande presque si on est déjà sur des rails.
La réponse est non.
La
reprise est en cours, et il faut entre autres se réadapter à certaines
choses. J’ai fait une petite (plutôt longue !) liste de ce qui nous
surprend / dérange ici en France depuis notre retour :
- les horaires des magasins :
avant ça nous paraissait normal mais revenir à des horaires de
fermeture en semaine de 19h (21h pour certains hypermarchés) et de
fermeture le dimanche est maintenant difficile. En plus, comme
maintenant il y a école à Lille les samedis matin, les achats de WE sont
cantonnés à samedi après-midi. Et une demi-journée, c’est court !
On
s’est donc fait piéger comme des débutants hier après-midi : on avait
quelques courses qui ne pouvaient pas attendre et nous sommes partis en
voiture hier à 16h30 pour les faire (en voiture, car forcément il
fallait les ramener ces courses). Lille samedi après-midi est
impraticable à pieds et encore plus impraticable en voiture. Du coup
nous avons mis une heure pour faire 4.5 km (car nous sommes allés
d’abord à un 1e Centre Commercial, mais son parking était complet, puis à
un 2e). Une moyenne de 4.5 km/h, je crois qu’on a battu quelques
records ! Les courses elles-mêmes dans le Centre Commercial bondé ont
ressemblé à une épreuve d’endurance et de patience. Finalement retour à
la maison à 19h45 pour quelques petites courses… Comme notre supermarché
Giant, ouvert 7j/7 et 24h/24 et avec son immense parking gratuit et
avec plein de places disponibles nous manque ! Leçon n° 1 : Ne jamais
oublier d’anticiper les courses et dès que possible (pour les courses
alimentaires), se faire livrer comme avant.
- Le langage tout en retenue des gens :
je discutais avec une amie et je lui parlais des énormes progrès de mes
enfants aussi bien en anglais conversationnel qu’en matières scolaires.
Ce à quoi elle m’a répondu « c’est pas mal », là où je m’attendais
plutôt à « woah, that’s impressive ! » ou toute autre remarque avec des
superlatifs ! Leçon n° 2 : se réhabituer au langage châtié des Français.
- Le manque de chaleur humaine au 1e abord :
mes enfants sont retournés à leurs anciennes écoles. Nous connaissons
donc plutôt bien les personnels éducatifs et administratifs, ainsi que
pas mal de parents (plutôt de visu). Mais depuis une semaine je n’ai
réussi qu’à échanger quelques mots et quelques sourires avec les parents
que je connaissais un peu, et … quasi rien du tout avec les autres.
Comme c’est loin les « hi ! », les « eye contact » et les sourires
devant l’école à Baltimore, même avec les parents que je ne connaissais
pas. Ici quand je souris ou dis bonjour à une maman que je ne connais
pas généralement elle me répond du bout des lèvres en plissant
légèrement les yeux, du style « je vous connais ?! »
D’ailleurs
généralement à l’ouverture des portes tout le monde se précipite, en
essayant de doubler les autres, se glissant dans le moindre interstice,
sans bousculade mais en faisant fréquemment des « queues de poisson »
et en ne disant bonjour qu’au personnel de l’école. Et en attendant
l’ouverture des portes, on regarde par terre, ou au loin dans la rue ou
au loin vers la porte intérieure de l’école pour scruter le moment où
elle va s’ouvrir. J’avais même eu la folle idée de créer une page
Facebook équivalente à celle des « mamans du quartier » là-bas dans
notre quartier, page FB d’entre-aide, de partage d’info et de
proposition de sorties. Mais pour faire une page FB, il faut déjà se
parler ! J’ai donc mis pour l’instant l’idée au placard. Leçon n° 3 : se
réhabituer à l’indifférence et à l’absence de community ici.
- La façon de traiter les enfants (des autres) :
une des 1ères choses que j’avais remarqué lors de mes voyages aux
Etats-Unis c’était l’attitude très plaisante et attendrie de la majorité
des Américains envers les enfants. Depuis notre retour je ne peux que
constater qu’on ne s’adresse toujours pas directement aux enfants et en
tout cas pas de façon amicale et aimable. Par exemple lorsqu’un jour la
semaine dernière dans l’ascenseur mon fils bouchait un peu le chemin
vers la sortie, l’homme qui voulait descendre à l’étage avant nous a
juste essayé de le contourner en me regardant et en poussant un soupire,
comme pour dire « ramassez votre enfant ! ». Quant au cohue-bohue à la
sortie de l’école, les autres parents n’hésitent pas à pousser
légèrement les enfants des autres pour se frayer un chemin dans leur
course effrénée, là où aux Etats-Unis l’adulte attendrait généralement
patiemment son tour pour passer. D’ailleurs là-bas personne ne
s’aventurerait à toucher l’enfant de quelqu’un d’autre qu’il ne connaît
pas (ça me rappelle les instructions pour les bénévoles de la cour de
récré « si jamais il y a une bagarre entre 2 enfants, surtout ne les
touchez pas, appelez quelqu’un du personnel de l’école. ») Et rien ne me
mets plus en colère que quand on s’appuie sur la tête d’un enfant pour
prendre son élan pour passer (comme c’est encore arrivé la semaine
passée lorsqu’une femme a mis sa main sur la tête de mon fils de 3 ans
pour se frayer un chemin). Leçon n° 4 : en fait, il n’y en a pas ! Rien à
faire, je ne me fais pas à ce manque de compassion envers les enfants.
- La météo :
Ca c’est spécifique à Lille (et à la moitié Nord de France, y compris
bien-sûr Paris), mais il faut se réhabituer à la grisaille et à la pluie
quasi permanente l’hiver (et l’hiver dure 5 à 6 mois)… Comme la
luminosité de Baltimore me manque. Leçon n° 5 : prendre son mal en
patience !
- L’état des rues et trottoirs :
on le remarque mieux quand on revient de l’étranger : comme les rues et
les trottoirs sont sales ! J’en ai refait l’expérience dès le 1e pas
posé sur le sol français puisqu’un chewing-gum négligemment jeté sur le
sol intérieur de l’aéroport s’est collé à ma semelle dès les 1ers pas à
l’aéroport Charles de Gaulle. Vous pouvez imaginer comme j’étais
contente ! Et je ne peux m’empêcher de remarquer les innombrables taches
faites par les chewing-gums incrustés dans les trottoirs, les mégots de
cigarette et les déjections canines (qui ne manquent pas de se répandre
par ces temps pluvieux). Leçon n° 6 : bien regarder où on marche !
- Les horaires d’école :
vous vous souvenez peut-être, dans mon article sur l’école à Baltimore
j’avais loué les horaires de l’école en France. Mais c’était avant la
dernière réforme scolaire. En fait depuis la rentrée de septembre 2014 à
Lille les enfants vont à l’école les lundis, mardis, jeudis, vendredis
(de 8h30 à 16h05 à 16h15 selon les écoles) et les samedis matin. Ce
nouveau règlement ampute le week-end d’une demi-journée (ce qui n’est
pas négligeable) et est d’autant plus absurde qu’on n’a gagné que 20
minutes chaque jour. Initialement cette réforme était censée alléger les
journées des enfants et leur permettre de faire un peu d’activité
périscolaire chaque jour. A l’arrivée les activités périscolaires ou NAP
(qui ne signifie pas « sieste » comme j’ai cru entendre la 1e fois,
incrédule, mais Nouvelles Activités Périscolaires) sont concentrées sur
une demi-journée, le lundi ou le vendredi après-midi. La raison en est,
je pense, de pouvoir libérer une demi-journée pour les enseignants qui
autrement s’y seraient fermement opposés (et je peux comprendre que
gagner 1h ou 1h30 par jour était sans intérêt pour les enseignants).
Mais du coup, quel est l’intérêt pour les enfants ?? Leçon n° 7 : Ah les
politiques et leur manie de vouloir imprimer leur marque ! Sur ce plan
rien ne change !
- La crèche, le point noir :
la crèche à la française (et plus généralement le système de garde de
la petite enfance) fait la fierté des Français, à juste titre. Sauf
qu’en pratique on n’a pas toujours une place, même après 2 ans passés en
liste d’attente (ce qui est notre cas). Il y a bien-sûr les crèches
privées, qui pratiquent des tarifs pas très éloignés de leurs consœurs
américaines… Quant à la gestion de la liste d’attente, elle est plus
qu’opaque. Pas moyen d’en connaître les critères. Donc pour le moment je
suis une maman à domicile à temps plein, pour garder ma petite fille de
16 mois. Leçon n° 8 : plutôt un souhait : profiter au mieux de ce
statut forcé et de ce temps passé avec ma fille.
Je ne peux terminer cette liste sans mentionner ce qui nous a agréablement surpris :
- L’absence de klaxon sur la route :
depuis une semaine, je n’ai pas entendu une seule fois le son d’un
klaxon. Que ce soit un coup de klaxon revendicatif ou pour avertir,
qu’il est bon de ne plus entendre au moins plusieurs fois les klaxons
sur un trajet comme à Baltimore !
- L’accueil réservé par les maitresses à nos enfants à l’école :
les enfants étaient attendus à l’école et les maitresses semblent
décidées à leur laisser le temps de trouver leur marque, surtout pour
les 2 plus jeunes. C’est un soulagement et je leur en suis
reconnaissante.
- L’aisance avec laquelle les enfants ont renoué avec leurs copains d’ici :
finalement ce sont encore les enfants qui s’adaptent le mieux au(x)
changement(s). Ils sont déjà comme des petits poissons dans l’eau !